Témoignages de CIGALES

Plus belle la vie en SCOP !

Les Scop, un capital sympathie qui vient de loin
  
Les média ont projeté le modèle coopératif sous les feux de l’actualité lors du conflit SEAFRANCE, en évoquant les perspectives de reprise sous forme de Scop (société coopérative ouvrière de production).
De nombreux articles ont alors évoqué la vitalité du mouvement de création de nouvelles coopératives et la capacité de résistance « structurelle » du modèle coopératif face à la crise économique.
Cependant une fois de plus, je m’étonne que journalistes et économistes semblent redécouvrir la pertinence d’un modèle qui a plus d’un siècle et demi d’histoire et est issu des « associations ouvrières » et des utopies socialistes du 19ème siècle (Fourier, Saint-Simon, Buchez).
Aujourd’hui, le mouvement coopératif français est solide (1925 Scop et 40 500 salariés) ; 150 nouvelles Scop environ sont créées chaque année depuis dix ans et le chiffre d’affaires global a doublé depuis 2000.
Pour ma part, j’ai rencontré le modèle Scop en 1981 quand j’ai créé avec cinq de mes collègues la coopérative de formation et d’études « Le Frêne » dont j’ai été le gérant et où je suis resté dix ans (elle continue aujourd’hui de prospérer et a fêté son 30ème anniversaire avec une vingtaine de salariés). En 1991, j’ai rejoint une autre Scop de conseil, « GESTE » où j’ai travaillé dix-sept ans. J’ai par ailleurs été élu au Conseil National de la Confédération des Scop et aussi au Conseil d’administration de l’Union Régionale des Scop d’Ile de France. Avec deux collègues, j’ai contribué à l’écriture d’un livre « Portraits de Scop » (éd. Syros) dont le thème central était l’innovation sociale dans les Scop.

Ce qui fait qu’on vit mieux au travail en Scop
  1. Tous les sociétaires sont copropriétaires de l’entreprise. Ils sont leur propre patron, prennent leur avenir en mains et, le cas échéant, avec les associés extérieurs (toujours minoritaires) ; mais attention, ce n’est pas sans risques.

  1. Chaque sociétaire élit le (ou les) dirigeant(s) en fonction des orientations, des objectifs proposés. Cela permet de participer et de contrôler les décisions prises en assemblée générale et au conseil d’administration et, éventuellement, de les remettre en cause. Cette vie démocratique de l’entreprise où l’information ascendante et descendante circule est un atout formidable. Cela « fabrique » des co-entrepreneurs d’une grande maturité.

  1. Les associés se redistribuent équitablement les richesses créées : c’est la « part-travail » qui permet concrètement de toucher les dividendes des efforts réalisés dans l’année… bien sûr, ce n’est pas le bonus des traders de Goldman Sachs mais c’est mieux que les accords de participation qui donnent des primes souvent squelettiques, comme c’est le cas dans de nombreuses entreprises du CAC 40. En ce sens, une coopérative fonctionne par et pour ceux qui y travaillent.

  1. Au quotidien, l’ambiance de travail est moins individualiste et moins axée sur une course épuisante au rendement ; il y a une « culture de métier » et d’entreprise forte et partagée, une cohésion autour du risque de l’aventure collective, une reconnaissance mutuelle, un sentiment d’appartenance qui sont des valeurs fortes et stimulantes favorisant l’épanouissement de chacun et sa progression professionnelle.

Bien sûr, la vie quotidienne des Scop ne peut écarter les inévitables problèmes et tensions liés au fait que les Scop sont des entreprises comme les autres, soumises au marché et à la concurrence… et on ne peut pas fredonner « la vie en rose » car il y a des contreparties (nécessité d’un fort engagement personnel, difficultés liées au management des équipes, inégalités salariales aux dépens de l’encadrement) qui mériteraient, à elles seules, un autre article.

Ayant vécu et travaillé durant 27 ans en Scop, je peux comparer avec les autres types d’employeurs que j’ai eus (État-patron, patron privé, « patron » associatif) et dire que je n’ai connu nulle part ailleurs quelque chose de comparable, en matière de solidarités des associés et aussi de respect des personnes.
Oui vraiment, pour ce qui me concerne, la vie de travail a été plus belle en Scop !

Alain Chataigner, membre de la CIGALES Mille Trèfles




Partager