Le mot du mois de mars


Le mot du mois de mars
Le goût étrange des femmes 

Je tiens à remercier les CIGALES car leur proposition d'écrire quelque ligne sur les femmes « porteuses de projet » m'a obligée à réfléchir à ce sujet : y-a-t-il une différence entre une femme et un homme qui portent un projet ?


Depuis deux ans j'ai réalisé un vieux rêve d'enfance : m'inscrire à des cours de botanique et la pratiquer sur le terrain. Ma grand-mère était une remarquable « herboriste». Je n'ai jamais oubliée ces moments privilégiés au milieu des bois et des forêts et l'année dernière j'ai retrouvé ce plaisir après mon inscription à l'« École des Plantes » de Paris. Clotilde Boisvert a été à l'origine de l'école, aujourd'hui la présidente est Josiane Prunier. En 2007 cette femme, qui est une danseuse par passion et expérience, se lança dans l'aventure et réorganisa l'école sans avoir le temps de comprendre car le président en charge, qui l'avait choisie pour le remplacer, était malade. Le changement est radical, on passe d'un petit groupe d'étudiants en sciences naturelles avec leurs professeurs à un large melting potes d'étudiants, venant de tout horizon. Mais ce projet est fascinant car l'expérimentation est une constante : les élèves sont sollicités et contribuent à l'évolution et au changement. Tout n’est pas bon à prendre, mais dans ce cas on peut et on doit intervenir, c'est là-même le cœur de « notre » école. Je viens de rencontrer des femmes que je considère des amies et avec qui je voudrais créer des projets, car participer et contribuer à un projet fait naître l'envie d'autres projets. Josiane a pris en main cette école et l'a transformée en un lieu où il fait bon être, c'est aussi simple.

A Noël j'ai reçu en cadeau le livre de Elsa Osorio « La Capitana ». Le sous-titre m'intrigua : « ...La seule femme à avoir dirigé militairement une compagnie pendant la guerre d'Espagne ». La Capitana dont on parle est Mika Feldmann-Etchebéhère, personnage légendaire de la résistance au fascisme et au stalinisme, morte en 1992 en France. Je connaissais son histoire en termes généraux, sa participation à tant de combats, son intelligence, sa culture, mais ce que m'a appris le livre va bien au-delà. Effectivement Mika se trouve à commander une compagnie de « fusileros », qui est décimée  au cours de la guerre par les franquistes d'un côté et les staliniens de l'autre. Mais ce qui m'a paru essentiel est le rapport (décrit minutieusement par E.Osorio) entre la capitana et les hommes et les femmes de sa compagnie. Mika n'arriva jamais à ignorer les souffrances de « ses hommes », même pas les poux qui rendent le sommeil impossible. L'État Major la fuyait car personne ne voulait s'occuper des « petits malheurs des soldats », sauf Mika. Pendant une courte période elle réussit à organiser des cours d'alphabétisation, qui suscitent l'enthousiasme des soldats. Dans ses lettres la capitana parle de son incapacité d'être « distante » comme on lui a recommandé maintes fois, au contraire elle voudrait être plus près, ne jamais rien oublier de chaque soldat vif ou mort. On suppose que son attitude était liée à son état de femme.

Quand j'ai décidé d'apporter mon soutien aux CIGALES, je n'avais pas compris la totalité des implications liées à mon choix. Petit à petit je me suis prise au jeu de comprendre, apprécier et aider les différents porteurs de projet que j'ai rencontré, en essayant de leur transmettre mes expériences et leur fournir des outils aiguisés pour affronter un parcours dur et difficile. Les chiffres, les comptes sont fondamentaux pour la vie d'une entreprise, mais la femme ou l'homme, qui porte ce projet, est la seule condition pour l'existence du projet même. Les CIGALES m'ont permis d' appréhender le sens du mot « accompagner » à sa juste valeur et « d 'utiliser » mon « genre » dans son ensemble.

Il semble y avoir une différence d'approche face à un projet entre une femme et un homme, mais l'important est qu’une femme peut puiser dans sa  réserve d'attention envers l'autre, si elle veut.
Et son projet gardera le goût étrange de cette différence ou pour mieux dire de cette richesse. C'est aussi ce que nous propose l'exemple d'ApiNapi.



Bon 8 mars aux CIGALES, à Josiane, à Mika, aux cigalières et à nous toutes !



MONETA Rossella, CIGALES Adanson Maintenant, créatrice d'entreprise
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