Rencontre avec Rebecca Corazza - fondatrice de Vagabonde Pain bien élevé

A 18 ans , Rébecca Corazza obtient son Bac ES. Cependant, une question la tourmente: Qu'est ce que je veux faire dans ma vie ? L'hôtellerie, la restauration, secrétariat dans un cabinet d'avocats... une carrière riche mais toujours à la recherche de sa voie. Pendant ses congés elle fait des stages non conventionnels dans les métiers de bouche et finit par découvrir une passion dans la fabrication du pain au levain. Elle se lance dans l'entrepreneuriat. Découvrez avec nous le portrait inspirant de Rébecca Corazza, boulangère libre, indépendante et créatrice de Vagabonde - pain bien élevé.




Qui est Rebecca Corazza ?

Je fais du pain au levain dans un four à bois dans un village de 150 habitants qui s’appelle Lucy sur Yonne, en Bourgogne. J’ai grandi à Auxerre, la ville la plus grande aux alentours.

Votre parcours scolaire, professionnel ?

J’ai fait un Bas ES, puis une mise à niveau pour intégrer un BTS hôtellerie restauration. J’ai été concierge dans un hôtel de luxe à Paris ensuite j’ai travaillé en restauration dans un cabinet d’avocat à Paris. Durant les 2 dernières années, j’ai été secrétaire dans ce même cabinet. J’ai demandé une rupture conventionnelle pour avoir un revenu et me former au pain au levain, ce qu’on n’apprend pas dans les CAP boulanger.  Il n’y avait qu’une école,c’était cher et la liste d’attente, très longue. J’ai fait alors des stages non conventionnels chez des boulangers au levain puis j’ai passé mon CAP en candidat libre. En avril 2019, j’ai intégré Coopaname et en juin j’ai eu mon CAP et commencé mon activité.

  C’est quoi  Vagabonde ?
C’est une fabrication et vente de pain au levain sans boutique. Je vends 2 après-midi par semaine au fournil et je vends au marché le samedi. Je vends aussi dans des lieux en dépôt/vente (épiceries bio ou à la ferme).
   Comment est né ce projet ?
J’ai toujours aimé cuisiner et manger. Quand j’ai choisi l'hôtellerie puis que j’ai travaillé en Cabinet d’avocat, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. Je n’ai jamais arrêté de réfléchir à ce que je voulais faire. En 2018 pendant mes congés, j’ai décidé de faire des stages chez des artisans de bouche, par plaisir et sans savoir si ça me mènerait quelque part. J’avais planifié des stages chez un huiliers, fromager, boulangère ou encore  maraîcher)... Le deuxième stage que j’ai fait était chez une ancienne camarade qui faisait du pain au levain, cela m’a beaucoup plu et j’ai donc continué les stages chez les boulangers au levain, puis décidé de me lancer. Je me suis dit : je vais faire ce que j’aime maintenant et après je suivrai mes envies, mes aspirations... Je suis ouverte à tout. Par exemple ça m’intéresserait aussi de sourcer des bons produits alimentaires et de les revendre en même temps que mon pain, car je suis soucieuse de l’environnement et j’accorde beaucoup d’importance à la façon de se nourrir...En ce moment je fais des projets avec des amis dans différents domaines (artisans, en permaculture, fleuristes…). On ne sait pas encore ce qu’on fera. Nous sommes ouverts à plein d’idées, mais surtout nous voulons un lieu multi activités. Tout est toujours en mouvement et en évolution. Par exemple aujourd’hui, le confinement me fait changer dans mes modes de distribution, faire de l’épicerie pour aider les collègues du marché à vendre…

Les débuts? Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontée en tant qu’entrepreneure ?

Le fait de ne pas être dans un modèle classique. C’était plus compliqué pour avoir des aides et du soutien à la création. Je n’étais pas dans la bonne case dans la CAE ( Coopérative d’activité et de l’emploi) , car je ne créais pas à proprement parler mon entreprise. Cela développe la créativité ! J’ai donc fait une collecte Leetchi et une demande de prêt aux Cigales, je me suis débrouillée et j’ai commencé avec les moyens du bord. Je pétris à la main et le four que j’utilise est là depuis 150 ans. Je n’ai donc pas eu besoin de beaucoup d’apports financiers. Être en  CAE m’a facilité la vie. Quand je vois les autres artisans très seuls dans des modèles classiques, je les plains et quand ça paraît correspondre, je leur parle des CAE. L’autre difficulté a été de prouver qu’on est crédible auprès des fournisseurs, qu’on n’est pas là que pour s’amuser à faire du pain pendant la belle saison. Après, comme c’est un village, les gens sont contents de voir une activité renaître, ils sont encourageants. 

 Comment avez-vous connu les Cigales ?

Je cherchais un mode de financement alternatif et je n’avais aucune possibilité classique de financement, je cherchais des modes alternatifs adaptés à ma situation et les seuls que j’ai trouvés ont été les Cigales et la cagnotte. Les Cigales, c’est Coopaname qui m’en a parlé.

Comment êtes-vous accompagnée dans votre vie d’entrepreneure par les clubs Cigales? 

La 1ère Cigales à m’avoir accompagné était les Coopains solidaires qui font partie de Coopaname. Quand j’ai présenté mon projet à la BAP en juin/juillet 2019, j’avais demandé surtout un soutien financier, car avec la CAE, j’avais déjà l’accompagnement en matière d’expertise et de soutien… Jean-Pierre Briffault, trésorier de la Coopains solidaires, me demande régulièrement des nouvelles, de faire des points sur mon activité, et m’a poussée à réfléchir à mes besoins pour des prêts supplémentaires d’autres Cigales. Il a joué le rôle de coordinateur.  Il me permettait de prendre du recul, de faire un rappel sur ce  sur quoi il fallait que je fasse un point. Et il continue !


Quel est l’apport de la coopérative Coopaname dans votre projet ?

Elle permet de simplifier l’activité d’entreprendre et permet d’avoir un soutien, d’avoir de l'écoute, de l’expertise et expérience. Au début, avant d’intégrer Coopaname, j’avais des rendez-vous réguliers avec une référente qui (à ma demande) m’a aidée à faire un projet chiffré et à étudier mes prévisions dans le détail pour voir si tout ça tenait debout. Tout ça m’a permis de me lancer en toute confiance.

 Où en est votre projet ?

Le projet a démarré très vite car il y avait un besoin dans le coin. Du pain fait exactement comme ça, il n’y en a pas à 50 km à la ronde. En saison (printemps, été, automne), ça a super bien marché, en hiver j’ai eu 2 mois de creux, ce qui est normal ici pour tous les commerçants/artisans. Mais en moyenne, je suis au-delà de mes prévisions et le nombre de mes client·es régulier·es augmente toujours. Je suis en congés à partir d'aujourd'hui et je vais essayer de réfléchir à une nouvelle organisation - confinement car je ne peux plus vendre au marché. Je vais sûrement faire un peu épicerie en plus à partir d’avril et pour combler le manque du marché, je vais vendre dans une ferme à la place.

La prochaine étape / les perspectives du projet ?

Pour l’instant, provisoirement, peut-être développer et vendre des produits de mes collègues mais ce ne sont que des plans temporaires. Puis reprendre le rythme d’avant, car j’étais sur une lancée que je veux pérenniser. Je continue à réfléchir aux projets avec les artisans locaux (lieu de regroupement d’activités diverses). Et peut-être investir dans un pétrin mécanique aussi, car physiquement ça ne sera pas tenable longtemps à la main.


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