Un petit hommage à ... Michel BESSON de la coopérative ANDINES

"Je me rappelais encore avoir vu fugitivement Michel sur le petit film de l’AMAP (libertaire) Court-Circuit à Saint-Denis, et j’en ai extrait la photo ci-dessus. Il faudrait pouvoir faire lire sa belle « lettre d’adieu », datée du 20 mai 2020 à l’hôpital Beaujon, où il parle d’un cancer du Pancréas diagnostiqué le 22 janvier 2019 dont il ne sait combien de semaines, de mois ou d’années il lui laisserait."  
David Nicolet, cigalier depuis bientôt 20 ans nous livre un vibrant hommage à Michel BESSON pionnier du commerce équitable en France et fondateur de la coopérative Andines spécialisée dans la commercialisation de produits alimentaires et d'artisanat des quatre coins du monde et soutenue par les Cigales dès la  fin des années 80. 

 

Michel BESSON, une certaine vision d’un Commerce Equitable et d’une économie équitable

J’ai découvert par hasard, courant août 2020, le décès de Michel Besson, pionnier du Commerce Equitable en France et bien connu des CIGALES pour cela, intervenu début juin. Idée immédiate : lui rendre hommage au titre de l’AR CIGALES IDF, et, pour compléter mon propre tableau, aller rassembler des souvenirs de cigaliers encore plus « anciens » que moi !

Souvenirs personnels

Pour ma part, arrivé chez les CIGALES début 2001, j’ai le souvenir d’avoir croisé plusieurs fois Michel Besson lors de mes premières années en tant que cigalier, de par sa position bien établie dans le commerce équitable avec Andines, entreprise cigalée dès la fin des années 1980, qu’il avait fondée et dont il a été salarié jusqu’à sa retraite. Andines compte parmi ces entreprises financées par les CIGALEs lors des premières années de notre Mouvement et toujours en activité de nos jours, même si la marque a connu plusieurs incarnations (une SARL puis une SA d’un côté, une SCOP de l’autre). J’ai appris assez vite que Michel avait mis en place une certaine vision du commerce équitable en France, jusqu’à protéger cette marque « Commerce équitable » à l’INPI [lien : https://bases-marques.inpi.fr] pour éviter qu’elle devienne n’importe quoi (on en trouve aujourd’hui une vingtaine de déclinaisons avec différents propriétaires). Il y a fort longtemps, je l’avais entendu intervenir dans une formation ponctuelle (pas de Commission Formation Interne à l’époque !) pour les cigaliers sur ce thème. Etait-ce à l’AGECA , ou ailleurs, dans les locaux du CCFD ( Comité catholique contre la faim et pour le déveloeppement ), peut-être ?

« Un » Commerce équitable

Interrogé, Yves Barnoux (Président de l’Association des CIGALES d’IDF de 1995 à 2013) m’a confirmé : « je me souviens de cette formation au commerce équitable au cours de laquelle il s'est exprimé en fustigeant ceux qu'il appelait les "curés", ce qui m'avait mis dans une position fâcheuse, je lui en ai fait un amical reproche, il s'est excusé en me disant qu'il ne retirait rien de ses propos. C'est vrai qu'il avait un caractère entier, peu enclin au compromis. Ce n'était pas à l'AGECA cette fois-là mais dans des locaux que nous avions eu par l'intermédiaire de partenaires! ». Je me rappelle aussi avoir tenu un stand CIGALES au Salon Equitexpo (salon international pour un commerce équitable) en octobre 2007 à L'Ile-Saint-Denis, un grand événement qu’il avait fortement contribué à organiser. Tout comme il avait pris en main, deux décennies auparavant, la mise en place de l’association Minga, « Faire ensemble ». Jacques Remer (trésorier de l’AR CIGALES IDF et de la Fédération des CIGALES durant deux décennies) se souvient de « la relance de l'association Minga avec Olivier [Nicol] pour aider Andines à décrocher quelques subventions de la région IDF, et surtout [de] l'OPA de Michel avec d'autres pour prendre le pouvoir de Minga lors d'une Assemblée Générale. Il était comme ça Michel. Mes activités avec Minga se sont arrêtées. Notre amitié a cependant perduré ». Olivier : « Nous avions créé Minga pour soutenir Andines, Michel l’a très vite transformée en regroupement d’entreprises du commerce équitable qui refusaient les méthodes et les visions du commerce équitable (marque déposée par Andines dès 1989) de Max Havelaar et consorts… ».

Acteur parmi les autres

Olivier (Président des CIGALES d’IDF avant Yves) précise encore : « j’ai rencontré Michel la première fois en 1987 lorsqu’il était venu présenter le projet Andines à mon club CIGALE « Plaisance 14° ». Finalement le club n’avait pas suivi mais j’avais investi à titre personnel. Garrigue a investi en 1988 et la société a été liquidée en 2015. Entretemps une nouvelle société avait été créée, Andines SCOOP, dans laquelle Garrigue a également investi en 2003 et qui a été cédée en 2018 [par Michel]. A la MAAFORM avec le REAS, la fédération des clubs CIGALEs, Garrigue, le Relais et bien d’autres structures alternatives et solidaires, Andines a participé à la création du réseau REPAS avec d’autres entreprises alternatives et solidaires. Partie à l’Ile Saint-Denis au sein d’autre regroupement de structures alternatives et solidaires, puis après encore un nouveau déménagement à Saint Denis dans d’anciens et vastes locaux, Andines y a animé un jardin partagé et une AMAP. Maintenant les nouveaux dirigeants sont installés à Drancy ». En 2012, croisé à la Foire des savoir-faire à Saint-Denis (93) où le stand d’Andines n’était pas loin de celui des CIGALES, Michel m'avait rappelé qu'il avait fait partie de la CIGALE Tiroir (1997-2002, avec Olivier).

Andines : les aventures

Mais revenons sur la création d’Andines. Yves : « Lorsque j'ai rencontré Michel j'étais membre de ma 1ere CIGALES, la CIGALES du Chemin vert (1986-1996). Il venait de créer Andines, rue André Del Sarte dans le XVIIIe. Il importait des loufas, des machettes et autres objets aussi insolites. Nous sommes rentrés au capital. Quelques années après, quand notre club a demandé le rachat de ses parts (j'en étais devenu le gérant), il m'a demandé de revendre nos parts à Artisans du Monde ou à sa centrale d'achat. C'est donc Bernard de Boischevalier [alors Directeur de FAM-import (la centrale d’achat de la Fédération Artisan du Monde), puis dirigeant de Garrigue, précise Olivier Nicol] qui en a finalisé le rachat, le but étant que Andines et FAM- Import aient des participations croisées.

A l'époque les relations étaient bonnes entre les deux structures, ce n'est qu'après, dans la Plateforme du commerce équitable et avec la venue de Max Havelaar et de ses satellites, que les choses se sont gâtées. Puis Andines a quitté le XVIIIe pour s'installer à la MAFORM, 61 rue Victor Hugo à Pantin, je crois en même temps que les CIGALES et Garrigue. Je me souviens entre autre de Marchés de Noël sur le parking de la MAAFORM. Andine a ensuite quitté la rue Victor Hugo pour s'installer à l'Ile Saint Denis ». Jacques, encore : « Quelques anecdotes sur Michel. Mes déplacements de Paris à Saint-Denis pour l'aider à remplir ses flacons de Guarana. Cela donnait l'impression d'un laboratoire clandestin. Avec Olivier nous rentrions tard dans la soirée. L'aide pour ses marchés de Noël... il y avait toujours des événements qui contrariaient Michel mais la bonne humeur revenait très vite ».

Le témoin qui passe

Je me rappelle pour ma part que Michel nous avait accueilli dans les locaux d’Andines à Saint-Denis pour une Bourse aux Projets des CIGALES il y a pas loin de 9 ans (le 5 novembre 2011). Les cigaliers présents avaient pu bénéficier d’un petit « speech » sur les idées qui lui étaient chères. Depuis déjà quelques années, il parlait plus volontiers d’une « économie équitable » (vision globale). Plus récemment, Michel avait animé une conférence proposée par l'AMAP dont je fais partie  J'y avais assisté et acheté ses livres. Il pouvait être parfois véhément quand il parlait du "label Commerce équitable" en grande distribution, ou bien du "transport maritime" pas toujours si vertueux si on ne vérifie pas les "conditions sociales" de l'existence des marins... Le petit livre Vers un commerce équitable édité par Minga raconte comment le collectif Minga s'était opposé à la plate-forme du commerce équitable, à la FAM et à Max Havelaar France lors des travaux de définition du commerce équitable avant la loi du 07/07/2005: "trois années de travail fourni en grande partie par des bénévoles par ailleurs chargés de travail rayées d'un trait de plume".

Militant jusqu’à la fin

Olivier : « Michel, un peu bordélique et parfois colérique, était une personne généreuse dans ses amitiés comme dans ses engagements au service d’une société plus solidaire. Il était aussi d’une énergie inaltérable que seul le crabe a vaincu. Un de ses derniers engagements [d’infatigable militant] a été à l’association « les amis de la confédération paysanne » où Michel a pu faire valoir ses idées sur un commerce équitable partout et pas seulement nord-sud ; pour lui c’était toute l’alimentation et ses circuits qui étaient à revoi». Son soutien à l'huile d'olive palestinienne (commercialisée par Andines – le fruit de l’olivier, quel symbole !) lui venait de contacts remontant à sa jeunesse (lycée, Mai 68, fac de Lettres [sociologie], militantisme « Mao ») et lui avait valu de se faire "refouler" lors d'un de ses derniers voyages, à l’arrivée à l'aéroport en Israël. Je me rappelais encore avoir vu fugitivement Michel sur le petit film de l’AMAP (libertaire) Court-Circuit à Saint-Denis, et j’en ai extrait la photo ci-dessus. Il faudrait pouvoir faire lire sa belle « lettre d’adieu », datée du 20 mai 2020 à l’hôpital Beaujon, où il parle d’un cancer du Pancréas diagnostiqué le 22 janvier 2019 dont il ne sait combien de semaines, de mois ou d’années il lui laisserait.

En 2020, que reste-t-il d’équitable dans nos commerces ?

Chez les CIGALES, on peut constater depuis des années que les projets « Commerce équitable » n’ont plus guère la cote désormais. Les cigaliers d’hier voyaient régulièrement passer des projets de boutiques spécialisées, de filières à mettre en place et à labelliser, des très petites entreprises autour du Commerce équitable. Aujourd’hui, cela a essentiellement cédé la place (nombre pour nombre) à des projets de supérettes coopératives, d’épiceries « en vrac » : des notions qui parlent au consommateur bourgeois bohème que nous sommes (pour beaucoup)… Il ne faudrait pas oublier que, outre ce qui touche le consommateur « responsable » et sa manière d’acheter en se donnant bonne conscience à bon compte, en amont, les aspects « producteur » et « transport » des produits restent capitaux. Tout au long de chaque filière, et pour chacun des acteurs, une dimension équitable, pour un commerce équitable dans une économie équitable, était chère à Michel Besson. Donnons-nous également les moyens d’être aussi des militants éclairés avec une vision globale.

David Nicolet, cigalier depuis 2001 (avec Jacques, Olivier et Yves)

 

Témoignages en ligne :

http://www.minga.net/michel-besson-co-fondateur-de-minga-et-de-la-cooperative-andines-nous-a-quittes/

https://www.france-palestine.org/Hommage-a-Michel-Besson-38712

http://lesamisdelaconf.org/2020/06/08/hommage-a-michel-besson/

Pour en savoir plus :

Jacquiau Christian, Les Coulisses du commerce équitable : Mensonges et vérités sur un petit business qui monte, 461 pages, Éditions Mille et une nuits, 2006.

Minga (ouvrage collectif), Vers un commerce équitable, 48 pages, 2005.

En téléchargement sur le site d’Andines (lien : http://www.andines.com/IMG/pdf/-32.pdf), le mémoire de Master 2 de sociologie de sa plus jeune fille, Camille BESSON LACOMME, Le commerce équitable en question : unicité ou diversité de théories et de pratiques, 84 pages (sans les annexes), Université Montpellier 3 Paul Valéry, 2016-2017.

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